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INTRODUCTION
Le changement climatique est un des risques majeurs qui pèse sur
l’avenir de la planète. Très controversé pendant des décennies, il est
aujourd’hui admis à l’unanimité et ses premiers effets se font d’ores et
déjà ressentir.
La mobilisation internationale a débuté avec l’adoption de la Convention
Cadre des Nations – Unies sur les Changements Climatiques en 1992 à Rio
de Janeiro. Puis le Protocole de Kyoto en 1997 a défini des objectifs
chiffrés de réduction en fonction des pays. Afin d’enrayer une situation
qui paraît de plus en plus alarmante, il faudrait en effet que les
émissions humaines soient divisées par deux à l’échelle mondiale et pour
les pays développés, le facteur devrait être de 3 à 5 par rapport au
niveau de 1990. Ceci passe forcément par une modification profonde et
radicale des modes de vie.
Ainsi le changement climatique n’est pas seulement un enjeu planétaire
mais requiert un effort collectif et ceci à tous les niveaux. La
première étape est l’évaluation des émissions afin de déterminer les
secteurs sur lesquels l’attention doit se porter en priorité. C’est ce
que réalisent les pays avec leurs inventaires nationaux. Toutefois il
semble évident qu’il faut agir au plus près des territoires de manière à
changer radicalement les modes de consommation et de production. Ainsi
de nombreuses initiatives locales et régionales ont vu le jour, mais
elles sont rarement encadrées.
Ces initiatives se justifient par les disparités entre régions. En effet
les émissions de gaz à effet de serre ne se répartissent pas de la même
manière entre secteurs suivant le type de régions (très urbanisée, très
rurale, densément peuplée…), ce qui va entraîner des mesures de
réduction des émissions diversifiées puisque adaptées au contexte.
La présente étude, placée au niveau européen, s’intéresse aux
observatoires d’émissions de gaz à effet de serre qui représentent la
structure opérationnelle au niveau régional. L’une des missions fixées à
ces observatoires est l’évaluation et le suivi des émissions de gaz à
effet de serre par l’intermédiaire de la réalisation d’inventaires.
Cependant la multitude d’initiatives au sein des régions amène à
s’interroger sur les méthodes utilisées pour réaliser ces inventaires au
sein des régions européennes et en quoi elles sont caractéristiques du
niveau régional. Ce qui permettra de mettre en lumière les régions qui
ont fait du changement climatique une de leurs priorités ainsi que les
pratiques qui pourraient être valorisables.
Réalisée dans le cadre de la Fédération Européenne des Agences
Régionales de l’Energie et de l’Environnement (FEDARENE), cette étude
vise à montrer l’importance de la prise en compte du changement
climatique à un niveau infranational.
Après quelques informations générales sur le changement climatique,
seront présentés d’abord un tour d’horizon des initiatives répertoriées
dans les régions européennes en matière d’évaluation des émissions de
gaz à effet de serre puis les choix méthodologiques effectués selon les
régions et enfin les pratiques à valeur d’exemple recensées dans les
différents types d’observatoires.
1.1. Le réchauffement climatique
Depuis le début de la Révolution Industrielle (19ème siècle), les
concentrations de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère n’ont
cessé d’augmenter sous l’effet des activités humaines (consommation
croissante de combustibles fossiles, déforestation, utilisation
d’aérosols...). La majorité des experts considèrent l’intensification de
l’effet de serre comme cause principale du réchauffement climatique
actuel. Dans son dernier rapport (2001), le GIEC (Groupe
Intergouvernemental d’Experts sur l’évolution du Climat) ou IPCC (Intergovernmental
Panel on Climate Change) prévoit une augmentation de la température
moyenne à la surface de la Terre de 1,4°C à 5,8°C entre 1990 et 2100,
selon les paramètres considérés (hypothèses sur le contexte
démographique, social, économique et technologique), sachant qu’à
l’échelle mondiale on estime que la température a déjà augmenté de
0,6°C. Ce réchauffement climatique pourrait avoir des conséquences
désastreuses qui semblent d’ailleurs se manifester dès à présent
(sécheresse, inondations, élévation du niveau des mers, modification de
la circulation des courants océaniques, transformations des écosystèmes
provoquant famines, extinction d’espèces, migration massives de
populations…).
Sous le terme « gaz à effet de serre », on distingue néanmoins les gaz à
effet de serre « naturels » et ceux « anthropiques », générés par les
activités humaines, responsables de l’effet de serre additionnel. La
liste des gaz à effet de serre non générés exclusivement par l'homme
comprend la vapeur d'eau (presque 70% de la contribution totale à
l’effet de serre), le dioxyde de carbone (environ 20%), le méthane, le
protoxyde d'azote, l'oxyde d'azote, et l'ozone. Celle des gaz à effet de
serre dus aux activités humaines comprend les gaz ci-dessus ainsi qu’une
liste beaucoup plus longue mais dans le cadre du Protocole de Kyoto, les
gaz à effet de serre d’origine anthropique retenus et leurs sources
d’émissions sont les suivants :
-
le dioxyde de carbone (CO2)
Il provient majoritairement de la combustion des énergies fossiles
mais aussi de la déforestation.
-
le méthane (CH4)
Les principales activités émettrices de méthane sont l’agriculture à
travers la riziculture, la fermentation entérique et le stockage ou
épandage de déjections animales, les décharges et les exploitations
pétrolières et gazières.
-
le protoxyde d’azote (N2O)
Les principales sources d’émissions sont l’agriculture avec
l’épandage d’engrais azotés, la combustion des déchets, les
activités industrielles avec par exemple la production d’acide
adipique.
-
les hydrofluorocarbures (HFCs)
Ils sont utilisés dans les aérosols, la production de froid et la
climatisation, les mousses synthétiques et les extincteurs en
remplacement des CFC (les chlorofluorocarbures qui non seulement
participent à l’augmentation de l’effet de serre mais sont également
responsables de la destruction de l’ozone stratosphérique).
-
les hydrofluorocarbures perfluorés (PFCs)
Ils sont utilisés dans plusieurs domaines de l’industrie
électronique.
-
l'hexafluorure de soufre (SF6)
Il est utilisé comme agent diélectrique.
Ces trois derniers ensembles de gaz sont
communément appelés gaz fluorés.
L’effet d’une même quantité de chaque gaz
n’a pas le même impact sur l’atmosphère en terme de réchauffement
climatique. C’est ce que quantifie un indicateur, le Pouvoir de
Réchauffement Global (PRG). Ainsi, plus ce PRG est élevé et plus l’effet
de serre additionnel engendré par le relâchement d’un kilogramme de ce
gaz dans l’atmosphère sera conséquent. Le pouvoir de réchauffement
global d'un gaz se définit comme le "forçage radiatif" (c'est à dire la
puissance radiative que le gaz à effet de serre renvoie vers le sol),
cumulé sur une durée de 100 ans. Cette valeur se mesure relativement au
CO2, dont le PRG est fixé à 1 (cf figure 1). Le pouvoir de réchauffement
global provenant des six substances retenues dans le protocole de Kyoto
se calcule en additionnant les PRG respectifs de chacune des substances
exprimées en équivalent CO2.
|
GES |
PRG par rapport au CO2
|
|
Dioxyde de carbone : CO2 |
1 |
|
Méthane : CH4 |
21 |
|
Protoxyde d’azote : N2O
|
310 |
|
Hydrofluorocarbures : HFC
|
6500 à 9200
(selon les molécules considérées) |
|
Hydrofluorocarbures perfluorés :
PFC |
140 à 11700 |
|
Hexafluorure de soufre : SF6
|
23900 |
Source : GIEC
Figure 1: Pouvoir de Réchauffement Global (PRG) des différents gaz à
effet de serre
1.2. Contexte international
Constatant une situation de plus en plus
alarmante, en 1992 a été signée la Convention Cadre des Nations Unies
sur les Changements Climatiques (CCNUCC). L’objectif de la Convention
est de « stabiliser la concentration de GES dans l’atmosphère à un
niveau empêchant toute perturbation anthropique dangereuse du système
climatique ».
Les Etats « Parties » s’engagent à œuvrer
pour satisfaire à cet objectif. Comme pour chaque convention, une
Conférence des Parties (COP) représente l’organe suprême de la
Convention et veille à son application. Les Parties s'engagent à fournir
à la Conférence des Parties des inventaires nationaux des émissions
anthropiques par leurs sources et de l’absorption par leur puits de tous
les gaz à effet de serre non réglementés par le Protocole de Montréal
(1987), en recourant à des méthodes comparables qui seront approuvées
par la Conférence des Parties. Les Parties se doivent de mettre en œuvre
des programmes nationaux pour réduire les émissions de GES.
Dans le prolongement de cette Convention,
le protocole de Kyoto a été signé en décembre 1997, est entré en vigueur
en février 2005. Il met en place un régime international juridiquement
contraignant avec des objectifs chiffrés de réduction et un système de
contrôle afin de vérifier et de garantir le respect des engagements pris
par les Etats.
Objectifs du Protocole de Kyoto
Le Protocole de Kyoto engage les pays
développés à réduire collectivement leurs émissions des six principaux
gaz à effet de serre (CO2, CH4, N2O, PFC, HFC, SF6) de 5,2 % à l’horizon
2008-2012 par rapport à leur niveau de 1990, et selon des objectifs
différenciés. Ce sont ces cinq ans que l’on appelle la « première
période d’engagement ».
Etat d’avancement
En juillet 2006, plus de 160 pays sont
signataires du traité. Il est de première importance que la plupart des
pays industrialisés, à l’exception de l’Australie et des Etats-Unis, ait
accepté de se soumettre à ces objectifs chiffrés de réduction
d’émissions.
L’Australie et les Etats-Unis pourtant
Parties à la CCNUCC ne sont donc pas Parties au Protocole de Kyoto, mais
peuvent néanmoins participer aux réunions COP/MOP
dont la première s’est tenue à Montréal en 2005 conjointement à la
réunion COP 11 (onzième session de la Conférence des Parties) en tant
qu’observateurs, à ce titre ils ne peuvent prendre part aux décisions.
Sanctions
A COP 7 (Marrakech, 2001) les Parties ont
adopté une décision sur le respect des dispositions pour le Protocole de
Kyoto.
Un comité de respect composé de deux
organes a été créé :
-
Le groupe de facilitation qui fournit
conseils et assistance aux Parties. Il émet également des « alertes
précoces » lorsqu’il suppose le risque pour une partie de l’Annexe I
(pays développés) de ne pas respecter ses engagements.
-
Le groupe de l’exécution a le pouvoir
de déterminer les conséquences de non-respect des engagements. Les
Parties Annexe I ont 100 jours après l’examen par les experts de
leur inventaire final pour signaler tout manquement dans le respect
des obligations (en utilisant notamment les mécanismes de
flexibilité).
Si à la fin de cette période les émissions d’une Partie sont
toujours supérieures à la quantité attribuée, elle doit reporter la
différence à la seconde période d’engagement, en y ajoutant une
pénalité de 30%. Cette Partie sera également interdite de "vendre"
dans le commerce d’émissions et, dans les trois mois, elle devra
développer un plan d’action de respect des dispositions détaillant
les mesures qu’elle prendra pour s’assurer que cet objectif sera
atteint à la prochaine période d’engagements.
Ce traité représente un pas en avant
primordial dans la lutte contre le réchauffement planétaire et d’une
part en fixant des objectifs et d’autre part en définissant des
sanctions, il montre l’importance considérable accordée à ce nouvel
enjeu.
1.3. Contexte européen
L’Union européenne dans son ensemble s’est
engagée à une réduction de 8% de ses émissions dans le cadre du
Protocole de Kyoto. Au sein de cette « bulle » européenne, des objectifs
de réduction différenciés ont été déterminés par les Etats membres lors
d’un Conseil Européen au Luxembourg (1998) : c’est ce que l’on appelle
le « burden sharing » ou « partage des charges ». Les pays de l’UE ont
ainsi des objectifs différents comme le montre le tableau de la figure
2, certains doivent réduire leurs émissions, d’autres comme la France ou
la Finlande doivent les stabiliser, et d’autres comme la Grèce et
l’Espagne ont le droit de les augmenter.
Source:
European Environment Agency
Figure 2 : Le partage des charges entre pays européens en pourcentage de
réduction et
en volume d’émissions correspondant
1.4. Le niveau national
De manière à atteindre les objectifs fixés
par le protocole de Kyoto, les Etats se doivent donc de mettre en œuvre
des politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre
(accroissement de l'efficacité énergétique, développement de sources
d'énergies renouvelables, promotion de l’agriculture durable, …).
Cependant la première étape passe presque obligatoirement par la mise en
place d'un bilan des émissions de gaz à effet de serre ou inventaire.
Les Etats membres de l’Union européenne
sont tenus de fournir annuellement un inventaire de leurs émissions de
gaz à effet de serre afin d’évaluer les progrès réellement accomplis et
de préparer le rapport annuel pour l’Union européenne.
Un inventaire se définit comme une
évaluation de la quantité de substances polluantes émises par des
sources données pour une zone géographique et une période de temps
données. On parle d’observatoire lorsque ce dispositif est
réalisé avec une volonté de décrire et d’informer sur l’évolution du
phénomène dans le temps et dans l’espace et de trouver des solutions
concrètes.
Un observatoire permet :
-
de déterminer les responsabilités de
chaque secteur émetteur,
-
d'évaluer les progrès réalisés par la
mise en œuvre d’une politique locale ou régionale (transport,
aménagement du territoire),
-
d’évaluer l’impact sur les rejets
supplémentaires qui pourraient découler de nouveaux projets
industriel, routier ou autre,
-
de tester des scénarios de réduction
des émissions,
-
et ainsi de définir des mesures
d’actions.
1.5. Le niveau régional
Le niveau régional correspond le plus
souvent à l’entité géographique, administrative et politique la mieux
adaptée pour mettre en place un observatoire des émissions de gaz à
effet de serre. En effet la plupart des pays européens de par leur
étendue géographique présentent des disparités au sein de leur
territoire. Ainsi certaines régions sont particulièrement urbanisées
et/ou industrialisées, d’autres très rurales avec une faible densité de
population ce qui modifie complètement la répartition des secteurs
émetteurs de GES et donc le type d’actions à mener sur le territoire.
Les principales missions d’un observatoire
de l’énergie et/ou des gaz à effet de serre sont de collecter, produire
et diffuser de l’information, au niveau régional, sur la production et
la consommation d’énergie et les émissions de GES, et de mettre en place
un suivi des indicateurs au cours du temps.
L’évaluation et le suivi permettront de
définir des scénarios prospectifs, des mesures de réduction, un plan
d’action. La concrétisation en mesures de réduction ou d’adaptation au
changement climatique dépendra évidemment des moyens matériels à
disposition.
L’observatoire, en fournissant un outil
d’aide à la décision pour la mise en œuvre de procédures de réduction,
se justifie alors au niveau régional où les acteurs ont les moyens de
mener une action beaucoup plus adaptée à la réalité territoriale.
Additionnés aux actions des autres régions, les impacts en termes de
réduction pourraient être beaucoup plus positifs que si le seul niveau
national prenait en charge la réalisation concrète. Les pays l’ont bien
compris en intégrant dans leur plan climat national un volet
territorial.
Définition de la région au sens
européen
La région se définit comme l'organisation
territoriale établie au niveau immédiatement en dessous de l'Etat et
dotée d'un gouvernement politiquement autonome. La région doit être
reconnue dans la constitution nationale ou dans la législation ce qui
garantit son autonomie, son identité, ses pouvoirs et ses structures
organisationnelles.
Les compétences régionales varient d’un
pays à l’autre, six situations peuvent ainsi être distinguées selon
l’Assemblée des Régions d’Europe:
-
des régions constitutionnelles ayant
les prérogatives d’un Etat (Allemagne, Autriche, Belgique…),
-
des régions avec une grande autonomie
politique et administrative (Espagne, Italie, certaines régions ou
îles autonomes du Danemark et du Portugal, les territoires
constitutifs du Royaume-Uni : Pays de Galles, Ecosse, Irlande du
Nord),
-
les régions des pays centralisés
(France, Hollande, Pologne, République Tchèque),
-
des régions avec une nature de
district, département ou comtés dans lesquels un découpage récent a
fait émerger des régions (Danemark, Finlande, Hongrie, Grèce,
Roumanie, Suède),
-
des autorités régionales constituées
de délégations de comtés (Irlande).
De plus, pour cette étude les disparités
géographiques régionales seront susceptibles d’avoir une influence
importante sur la probabilité d’avoir mis en place un observatoire
régional. Intuitivement, il semble plus logique qu’une région comme
Nordrhein-Westfalen en Allemagne, comptant plus de 18 millions
d’habitants mette en place un observatoire de GES, par rapport à une
région comme Västernordland en Suède où la population n’atteint pas 300
000 habitants. Ainsi, les différences d’utilisation et d’aménagement du
territoire entre les régions, même au sein d’un pays, peuvent avoir de
grandes répercussions sur les caractéristiques des émissions régionales
de GES.
Les compétences régionales (croissantes au
vu de la volonté de décentralisation des pays) en matières de
planification de l’aménagement du territoire et des déplacements, de
gestion des bâtiments, de gestion des déchets,… induisent alors des
décisions ayant une conséquence importante sur l’augmentation ou la
diminution de l’effet de serre, ce qui explique l’importance de la prise
en compte du changement climatique au niveau infranational.
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La
mise en œuvre conjointe (MOC) et le mécanisme de développement
propre (MDP) permettront en effet aux pays industrialisés d’obtenir des
crédits d'émissions s'ils financent des projets de réduction d'émissions
dans un autre pays industrialisé (MOC) ou dans les pays en développement
(MDP).
Le programme d'échange de droits
d'émissions concerne les pays ayant développé une technologie permettant
de réduire les émissions. Ils pourront vendre un permis, équivalent à
cette réduction, aux pays intéressés à se procurer des droits
d'émissions supplémentaires.
Source :
Assemblée des Régions d’Europe
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